mardi 25 novembre 2014

Entrer au monastère

Pour entrer dans un ordre religieux il est nécessaire d’avoir la vocation qui, bien plus qu’un sentiment ou une attraction sensible, consiste principalement dans la juste intention de celui qui aspire à la vie religieuse. Qui veut devenir frère ou sœur pour la noble raison de se consacrer au service de Dieu et au salut des âmes, en vivant avec ferveur la Règle monastique, celui-ci prouve avoir les signes d’une vocation sincère. Donc, que faut-il faire pour nous assurer que le désir d’une vie plus parfaite vient de Dieu lui-même? C’est important que cette personne-là parle avec un bon directeur spirituel, mais il n’est pas facile d’en trouver un, c’est pour cela que je conseille les gens qui n’ont pas ce guide de contacter directement un ordre religieux de stricte observance, en demandant de faire pendant quelques jours un discernement spirituel. Attention, l’ordre religieux doit être de stricte observance, c’est-à-dire qu’il vive avec ferveur la vie religieuse, autrement on court le danger de perdre la vocation, comme ceci est arrivé à d’autres. Encore, la discrétion est très importante, on ne doit pas révéler pour le moment ce désir aux amis et aux parents (sauf si ceux-ci sont des catholiques pratiquants), car souvent les parents deviennent les plus grands ennemis de la vocation de leurs enfants. Par conséquent, s’ils vous demandent le motif pour lequel vous voulez passer quelques jours dans un monastère, dites-leur que vous voulez faire une retraite pour le bien de votre âme (ce n’est pas un mensonge, c’est seulement une restriction mentale qui ne constitue ni même un pèche véniel). Durant ces quelques jours de discernement (par exemple une semaine) vous allez rencontrer des personnes qui vous aideront à apprendre si vous avec véritablement une vocation religieuse. Chers amis, que vous dire de plus? Courage! Pour entrer dans un couvent il est nécessaire d’avoir beaucoup de courage pour pouvoir supporter les adversités et rompre les liens avec le monde. Quelques-uns, même s’ils ont la vocation, n’ont pas la force de quitter les biens matériels et les autres vanités dont la vie séculaire est pleine. Si votre vocation est véritable, comme je l’espère, si vous allez entrer dans un bon ordre religieux, vous allez être plein de reconnaissance pour le Seigneur qui vous l’a offerte. Il est Le seul qui puisse donner cette paix intérieure si difficile de trouver dans le monde, où il y a tant de préoccupations et de distractions mondaines.

vendredi 21 novembre 2014

L'amour n'est pas aimé!

[Dans les écrits de Mère Marie de Jésus Deluil-Martiny]

« O mes sœurs, l'amour n'est pas connu, l'amour n'est pas aimé ! Quand j'ai vu la haine du monde pour le Dieu qui est amour... les mépris et les outrages du monde pour Celui à qui toute puissance appartient au Ciel et sur la terre... quand j'ai vu l'armée de Satan dévaster le champ des âmes pour lesquelles mon Maître a déversé son sang, « mon cœur s'est fondu comme la cire au-dedans de moi-même. », et comme « l'amour désire faire plus qu'il ne peut, et qu'il croit que tout lui est possible et permis, » j'ai osé demander au divin Amour de se former une petite légion de Vierges qui soient des Séraphins de la terre : d'âmes prêtes à la souffrance, ardentes au dévouement, que l'obéissance seule, guidée par la prudence qui appartient à l'autorité, puisse arrêter dans la voie du sacrifice, d'âmes livrées et abandonnées à son action divine, en qui ses desseins de miséricorde se réalisent pleinement ; d'âmes eucharistiques, réparatrices et apostoliques ; d'âmes hosties, unies à Lui, transformées en Lui, offertes et sacrifiées par Lui, avec Lui et pour Lui, consommées en Lui, qui ne vivent plus, mais dans lesquelles il vive, et dont la vie soit cachée avec Lui, en Dieu ; des hosties vivantes, dans lesquelles il achève en quelque sorte sa passion, et dont il dispose selon son bon plaisir... dans l'intérêt de sa gloire. »

« Les sectes n'enseignent que la poursuite de la jouissance des sens, le matérialisme, l'égoïsme le plus révoltant ; nous leur opposerons la poursuite de l'abnégation la plus entière, la vigueur de la perfection intérieure et une mortification continuelle ne toutes choses, autant que possible ; un généreux amour de la Croix ; l'esprit de sacrifice, l'esprit d'union à Jésus immolé, qui est l'esprit même du Christianisme ; l'exquise pureté et les chastesdélicatesses de la virginité ; l'oubli de nos intérêts propres ; et le sacrifice total de nous-mêmes pour la plus grande gloire de Dieu. »

lundi 17 novembre 2014

Témoignage d'une vocation

Une étudiante à une université de Naples a vécu tranquille jusqu’à l’âge de 21 ans, mais quand elle est devenue la fiancée d’un jeune homme, elle a commencé à se disputer avec ses parents. D’un ange de la maison, elle s’est transformée dans une vipere prête à mordre tout le monde. Elle se sentait malheureuse, pleurait beaucoup et considerait tous comme ses ennemis, spécialement Dieu qui est la Bonté infinie. Et, ainsi, elle a chassé Dieu de sa vie, mais Il ne l’a pas oubliée et lui a tendu un piege pour l’attrapper. Sa mère s’est decidée d’aller dans la Terre Sainte pour un pèlerinage et a reussi à convaincre sa fille de l’accompagner. Dans le groupe de pèlerins il y avait aussi des frères et des soeurs de stricte observance. Au début, la jeune rebelle avait une attitude hostile envers ces personnes consacrées, elle leur disait des mots durs, mais en voyant leur comportement édifiant et leur manière fervente de prier, elle a changé d’avis, a medité la Passion de Jésus-Christ et, repentie du mal qu’elle avait fait, la jeune a reçu le sacrement de la Réconciliation dans la Basilique du Sacré Tombe de Jérusalem. Une soeur lui a même indiqué un prêtre avec lequel elle puisse parler, qui est devenu après son père spirituel. Toutefois, la jeune n’était pas encore complètement offerte, car elle vivait une vie chrétienne pleine de compromis et de contradictions.

Le changement s’est produit durant un pèlerinage à Fatima, quand elle a décidé d’avoir un comportement plus cohérent. Revenue en Italie, elle a demandé à son père spirituel de la préparer, elle et son fiancé, au mariage. Entre temps, elle a pris la resolution de réciter tous les jours le Rosaire, a changé sa façon de se vêtir, ne se maquillait plus et ne fréquentait plus les discothèques. Ce changement lui a causé de nombreux problèmes avec sa famille, c’est pourquoi elle s’est décidée de s’instaler dans le couvent des soeurs qu’elle avait connues dans la Terre Sainte, dans le but de mieux poursuivre ses études universitaires.

La jeune fille n’avait aucune intention de se faire religieuse, mais son père spirituel lui a lancé cette idée. En vivant dans le couvent des soeurs, elle a commencé à participer à la vie communautaire et à la priere commune et au lieu d’étudier, elle lisait les vies des saints. Elle a commencé à sentir pour la première fois l’appel à la vie religieuse, mais elle a essayé d’etouffer la voix de son coeur. Elle en a parlé avec son père spirituel, qui lui a confirmé ses peurs: c’etait vraiment une vocation religieuse. C’est pourquoi la fille a quitté le monastre, ne voulant plus entendre parler de vocation, et s’est dédiée aux derniers preparatifs pour le mariage, afin d’empêcher le Seigneur de se mêler dans ses plans. Pourtant, tous ces préparatifs, au lieu de la rendre heureuse, la tourmentaient. Tout le monde s’en est rendu compte, mais elle ne voulait pas admettre que la vie de prière avec les soeurs et le rapport intime avec Jesus lui manquaient, car ils etait devenus indispensables comme l’air. Entre temps, sa chambre ressemblait à une cellule monastique.

Le jour de son anniversaire elle a reçu un coup de fil des soeurs, qui l’ont invitée à passer quelques jours chez elles. La fille a accepté avec joie, car son coeur était attiré par la vie religieuse. Elle est partie avec l’idée d’y rester quelques jours, mais elle ne s’est plus retournée. Jesus l’appelait et elle etait fatiguée de lutter, de résister et de fuir. Ainsi, elle s’est rendue à l’amour du Rédempteur et a appelé ses parents et son fiancé pour leur communiquer sa décision d’embrasser la vie consacrée. Avec Jésus et Marie, son coeur était finalement heureux.

jeudi 13 novembre 2014

Aimez Jésus, ma fille, sacrifiez-lui toutes choses

[Dans les écrits de Mère Marie de Jésus Deluil-Martiny]

1er avril 1876.

Votre lettre du Précieux Sang m’arrive, avec celles de toutes vos soeurs. Vous ne sauriez croire le baume que vous mettez sur tant de plaies rouvertes, béantes, saignantes, que l’épreuve actuelle à ravivées en mon coeur. Souffrir pour Jésus et pour vous, c’est-à-dire pour le règne de Jésus en vous, et vous savoir infidèles, lâches, déserteuses de sa sainte cause, vous comprenez que ce serait le martyre. Hélas ma fille, ce martyre-là, nous l’avons fait endurer au Coeur de Notre-Seigneur !...

L’inutilité de ses souffrances pour les pécheurs obstinés, et même pour nous, misérables, nous les Filles de son Coeur, nous ses Epouses; l!inutilité de son Sang versé à flots; la perte des âmes malgré sa mort douloureuse ; les dédains de ses plus aimés, malgré toutes ses agonies ; voilà le martyre des martyres pour Notre-Seigneur. — Et nous le lui avons infligé! Chaque grâce repoussée, c’est une goutte du Sang de Jésus foulée aux pieds, c’est une tendre avance de son amour méprisée !

Aussi, en assistant par anticipation au triste spectacle de nos ingratitudes, de nos infidélités, de nos dédains, de nos insouciances, son âme a été triste jusqu’à la mort, ainsi qu’il l’a dit lui-même.

Venez, ma chère fille, allons le dédommager et le consoler ; si beaucoup rendent inutile son sang répandu, nous, allons le recueillir et l’offrir ; si beaucoup l’insultent sur la Croix, nous, bénissons-le et laissons-nous clouer avec lui à ce bois sacré; si beaucoup le blasphèment, nous, baisons ses plaies adorables; si beaucoup le trahissent, nous, serrons-nous autour de lui, et par une fidélité sans réserve, dédommageons-le des injures des uns, des résistances des autres, de la haine du monde et des froideurs du grand nombre. — Quelle mission, ma fille, quel honneur et quels devoirs ! Avec la grâce, disons mille fois, car avec elle tout est possible « Plutôt mourir que de trahir ! »

Vous comprenez donc, mon Enfant, que souffrir pour Jésus en vous et vous savoir fidèles, dévouées, fermes au devoir, désireuses du bien et persévérantes, c’est l’adoucissement à toutes les douleurs ; c’est voir la fleur et espérer le fruit, sur un arbre qui coûte des peines inouïes à cultiver, émonder, arroser, et à qui Dieu donne l’accroissement.

Que Notre-Seigneur vous bénisse toutes pour votre fidélité à me procurer cette satisfaction.

C’est Jésus lui-même qui paiera le peu que je vous donne Comment ! il a donné son Sang pour vous, mon Enfant; et moi, sa pauvre servante, je ne donnerais pas un peu de ma souffrance et du sang de mon coeur pour votre âme qu’il a rachetée ?...

Un coeur de plus qui l’aime, ce doux Jésus, une âme de plus qui se consacre à Lui et qui le glorifie, une bouche de plus qui le confesse et qui le chante, un esprit de plus qui le contemple et se remplisse de Lui ; et plus tard, un jour au Ciel, si vous êtes fidèle jusqu’à la fin, un petit Séraphin qui brûle pour Lui pendant l’Eternité entière.., vraiment, ma fille, cela vaut la peine de verser son sang jusqu’à la dernière goutte. Et si c’est là une folie, selon le monde, je vous prie de remarquer que Jésus-Christ m’en a donné le premier l’exemple ; c’est la même folie qui a précipité le Verbe divin sur la terre, si l’on peut se servir de cette expression ; c’est Ja même folie qui l’a anéanti à Nazareth, qui l’a couvert de sang au Jardin des Olives, qui l’a tué au Calvaire, et qui a percé son Coeur mort pour en tirer la dernière goutte de sang, comme l’épuisement de son amour. Si la gloire de Dieu, et le salut, la perfection d’une âme valent le Sang de Jésus-Christ, ils valent bien mon sang et ma vie misérables. Aimez Jésus, ma fille, sacrifiez-lui toutes choses, et vous me comprendrez.

[Lettres de Mère Marie de Jésus Deluil-Martiny, fondatrice de la Société des Filles du Cœur de Jésus. - Paris, P. Lethielleux, 1965 – Imprimatur: Luçon, le 11 Octobre 1965. L. Bouet, v. g.]

dimanche 9 novembre 2014

L'amitié spirituelle

O Philothée, aimez un chacun d’un grand amour charitable, mais n’ayez point d’amitié qu’avec ceux qui peuvent communiquer avec vous de choses vertueuses; et plus les vertus que vous mettrez en votre commerce seront exquises, plus votre amitié sera parfaite. Si vous communiquez ès sciences, votre amitié est certes fort louable; plus encore si vous communiquez aux vertus, en la prudence, discrétion, force et justice. Mais si votre mutuelle et réciproque communication se fait de la charité, de la dévotion, de la perfection chrétienne, o Dieu! que votre amitié sera précieuse! Elle sera excellente parce qu’elle vient de Dieu, excellente parce qu’elle tend à Dieu, excellente parce que son lien c’est Dieu, excellente par ce qu’elle durera éternellement en Dieu. Oh! qu’il fait bon aimer en terre comme l’on aime au ciel, et apprendre à s’entre-chérir en ce monde comme nous ferons éternellement en l’autre!

Je ne parle pas ici de l’amour simple de charité, car il doit être porté à tous les hommes; mais je parle de l’amitié spirituelle, par laquelle deux ou trois ou plusieurs âmes se communiquent leur dévotion, leurs affections spirituelles, et se rendent un seul esprit entre elles. Qu’à bon droit peuvent chanter telles heureuses âmes : « Oh! que voici combien il est bon et agréable que les frères habitent ensemble! » Oui, car le baume délicieux de la dévotion distille de l’un des coeurs en l’autre par une continuelle participation, si qu’on peut dire que Dieu a répandu sur cette amitié sa bénédiction et la vie jusques aux siècles des siècles.

Il m’est avis que toutes les autres amitiés ne sont que des ombres au prix de celle-ci, et que leurs liens ne sont que des chaînes de verre ou de jayet, en comparaison de ce grand lien de la sainte dévotion qui est tout d’or.

Ne faites point d’amitié d’autre sorte, je veux dire des amitiés que vous faites: car il ne faut pas ni quitter ni mépriser pour cela les amitiés que la nature et les précédents devoirs vous obligent de cultiver, des parents, des alliés, des bienfaiteurs, des voisins et autres; je parle de celles que vous choisissez vous-même.

Plusieurs vous diront peut-être qu’il ne faut avoir aucune sorte de particulière affection et amitié, d’autant que cela occupe le coeur, distrait l’esprit, engendre les envies : mais ils se trompent en leurs conseils ; car ‘ils ont vu ès écrits de plusieurs saints et dévots auteurs que les amitiés particulières et affections extraordinaires nuisent infiniment aux religieux; ils cuident que c’en soit de même du reste du monde, mais il y a bien à dire. Car attendu qu’en un monastère bien réglé le dessein commun de tous rend à la vraie dévotion, il n’est pas requis d’y faire ces particulières communications, de peur que cherchant en particulier ce qui est commun, on ne passe des particularités aux partialités; mais quant à ceux qui sont entre les mondains et qui embrassent la vraie vertu, il leur est nécessaire de s’allier les uns aux autres par une sainte et sacrée amitié; car par le moyen d’icelle ils s’animent, ils s’aident, ils s’entreportent au bien. Et comme ceux qui cheminent en la plaine n’ont pas besoin de se prêter la main, mais ceux qui sont ès chemins scabreux et glissants s’entretiennent l’un l’autre pour cheminer plus sûrement, ainsi ceux qui sont ès religions n’ont pas besoin des amitiés particulières, mais ceux qui sont au monde en ont nécessité pour s’assurer et secourir les uns les autres, parmi tant de mauvais passages qu’il leur faut franchir. Au monde, tous ne conspirent pas à même fin, tous n’ont pas le même esprit , il faut donc sans doute se tirer à part et faire des amitiés selon notre prétention ; et cette particularité fait voirement une partialité, mais une partialité sainte, qui ne fait aucune division, sinon celle du bien et du mal, des brebis et des chèvres, des abeilles et des frelons, séparation nécessaire.

Certes, on ne saurait nier que Notre Seigneur n’aimât d’une plus douce et, plus spéciale amitié saint Jean, le Lazare, Marthe, Madeleine, car l’Ecriture le témoigne. On sait que saint Pierre chérissait tendrement saint Marc et sainte Pétronille, comme saint Paul faisait son Timothée et sainte Thècle. Saint Grégoire Nazianzène se vante cent fois de l’amitié nonpareille qu’il eut avec le grand saint Basile, et la décrit en cette sorte : « Il semblait qu’en l’un et l’autre de nous, il n’y eût qu’une seule âme portant deux corps. Que s’il ne faut pas croire ceux qui disent que toutes choses sont en toutes choses, si nous faut-il pourtant ajouter foi que nous étions tous deux en l’un de nous, et l’un en l’autre; une seule prétention avions-nous tous deux, de cultiver la vertu et accommoder les desseins de notre vie aux espérances futures, sortant ainsi hors de la terre mortelle avant que d’y mourir. » Saint Augustin témoigne que saint Ambroise aimait uniquement sainte Monique pour les rares vertus qu’il voyait en elle, et qu’elle réciproquement le chérissait comme un ange de Dieu.

Mais j’ai tort de vous amuser en chose si claire. Saint Jérôme, saint Augustin, saint Grégoire, saint Bernard et tous les plus grands serviteurs de Dieu ont eu de très particulières amitiés, sans intérêt de leur perfection. Saint Paul reprochant le détraquement des Gentils, les accuse d’avoir été gens sans affection, c’est-à-dire qui n’avaient aucune amitié. Et saint Thomas, comme tous les bons philosophes, confesse que l’amitié est une vertu: or, il parle de l’amitié particulière, puisque, comme il dit, la parfaite amitié ne peut s’étendre à beaucoup de personnes. La perfection donc ne consiste pas à n’avoir point d’amitié, mais à n’en avoir que de bonne, de sainte et sacrée.

(Texte repris de "Introduction a la vie dévote" de Saint François de Sales)

mercredi 5 novembre 2014

Notre-Seigneur vous veut pour Lui seul

[Dans les écrits de Mère Marie de Jésus Deluil-Martiny]

Lettres à la Soeur X...

Berchem, 8 juin 1875.

MA CHÈRE PETITE SOEUR,

Je dois vous dire que dès le premier jour où je vous ai vue, j’ai eu l’impression que Notre-Seigneur vous veut pour Lui seul, et qu’il n’a fait votre coeur que pour son amour. Tout autre amour vous rendrait étrangement malheureuse. Je ne vous connais pas, croyez-vous, et je vous suppose meilleure que vous n’êtes ; ici, vous faites une petite erreur, chère Soeur; en effet, l’appel de Dieu à une vocation privilégiée et le mérite de l’âme appelée sont deux choses fort distinctes, et que vous semblez un peu confondre. C’est précisément parce que j’ai senti quel amour spécial Notre-Seigneur a pour votre âme, et parce que j’ai compris — pardonnez à ma franchise — que la lumière, l’état et la correspondance de votre chère âme n’étaient pas encore à la hauteur de cet appel de choix, que j’ai éprouvé pour vous cet attrait d’humble zèle, ce dévouement et ces désirs qui ne m’ont pas quittée.

Malgré mon indignité, j’aime Notre-Seigneur par-dessus tout ; alors l’âme est entraînée vers ce qu’il aime de préférence. S’il ne peut pas encore atteindre et gagner ainsi à son unique amour l’âme qu’il cherche et qu’il a choisie, alors je n’ai plus qu’un désir, quelque profonde que soit ma misère : l’aider à courir après cette âme, dût-elle n’en jamais rien savoir, et la lui amener au prix de tous les sacrifices. Quand Jésus sera l’Epoux céleste de votre âme, votre coeur sera brûlé de la même soif, car il est fait pour un semblable dévouement, et Notre-Seigneur l’a créé tout exprès pour cela.

Votre âme est à Dieu, mais non encore uniquement; Dieu veut vous posséder de plus près, mais que d’obstacles extérieurs semblent s’y opposer ! Courage ! L’indignité ne fait rien à l’affaire. Qui est digne de communier par exemple ? et pourtant nous communions, et avec quel bonheur ! Le choix de Dieu ne se borne pas sur notre mérite ; il dit le premier mot de cet appel à qui il veut; il ramasse Paul, Augustin, Madeleine, au fond de leurs rébellions et de leurs faiblesses. Son choix entraîne sa grâce pour former l’âme selon ses desseins, si elle est fidèle à l’appel. Car voilà le grand point : Beaucoup sont appelés, peu sont élus, parce que peu correspondent à l’appel. Dieu appelle, sa grâce descend ; c’est à l’âme de saisir cette grâce et de répondre à cet appel ; si elle se détourne et si elle refuse, entraînée par le monde, par les affections humaines, les intérêts temporels, les répugnances naturelles, les considérations et les craintes de la chair et du sang, Dieu, après d’instantes sollicitations, se retire; et qui peut comprendre ce qu’est la jalousie irritée d’un Amour divin méprisé ?... « Je crains Jésus qui passe... »

O Jésus, en passant, emparez-vous de nos âmes, et ne les laissez pas errer loin de vous rien, hors de vous, ne peut contenter ces coeurs que vous avez faits pour vous seul ! L’amour divin a son appel ; il a aussi ses heures, et ses heures sont fécondes : alors l’impossible devient possible, la générosité brise suavement les obstacles, car la grâce n’aime pas les retards.

Prions ensemble, et quand Jésus parlera bien clairement, confiance, n’hésitez pas, ne reculez pas.

Vous avez raison de compter sur mon pauvre coeur ; nos relations commencent, mais ma religieuse affection pour vous date de loin.

Vous n’abuserez jamais de mon temps. Excusez seulement ma rondeur et ma franchise ; je ne vois que votre âme, pour laquelle je donnerais ma vie, si elle pouvait voùs gagner toute à Jésus.

MARIE DE JÉSUS.

[Lettres de Mère Marie de Jésus Deluil-Martiny, fondatrice de la Société des Filles du Cœur de Jésus. - Paris, P. Lethielleux, 1965 – Imprimatur: Luçon, le 11 Octobre 1965. L. Bouet, v. g.]

samedi 1 novembre 2014

Prier pour la sanctification du clergé


Carmel 14 Juillet 1989
Jésus +

Ma Céline chérie
                             Mon âme ne te quitte pas... elle souffre l'exil avec toi!

.. Oh! qu'il en coûte de vivre, de rester sur cette terre d'amertume et d'angoisse... Mais demain... dans une heure, nous serons au port, quel bonheur! Ah! qu'il fera bon contempler Jésus face à face pendant toute l'éternité! toujours toujours plus d'amour, toujours des joies plus enivrantes... un bonheur sans nuage!

[...] Dieu est admirable, mais surtout il est aimable, aimons-le donc... aimons-le assez pour souffrir pour lui tout ce qu'il voudra, même les peines de l'âme, les aridités, les angoisses, les froideurs apparentes... ah! c'est là un grand amour d'aimer Jésus sans sentir la douceur de cet amour... c'est là un martyre... Et bien! mourons Martyres. [...] Céline, pendant les COURTS INSTANTS qui nous restent ne perdons pas notre temps... sauvons les âmes... les âmes, elles se perdent comme des flocons de neige et Jésus pleure, et nous... nous pensons à notre douleur sans consoler notre fiancé... Oh! ma Céline, vivons pour les âmes... soyons apôtres.. sauvons surtout les âmes des Prêtres, ces âmes devraient être plus transparentes que le cristal... Hélas! combien de mauvais prêtres, de prêtres qui ne sont pas assez saints... Prions, souffrons pour eux, et au dernier jour Jésus sera reconnaissant. Nous lui donnerons des ânes!... Céline, comprends-tu le cri de mon coeur?... Ensemble... Toujours ensemble

Céline et Thérèse de l'Enfant Jésus de la Ste Face

mardi 28 octobre 2014

Une jeune star de Hollywood

Toutes les histoires vocationnelles sont belles, car toutes sont des histoires d’amour. Toutefois, il y a des vocations qui suscitent la stupeur, car elles impliquent des personnes auxquelles on ne s’attendrait pas.

Dolores Hart était une jeune star à Hollywood, sa beauté attirait des foules au cinéma, les réalisateurs était disposés à payer cher pour la faire jouer dans leurs films. Succès, joie, plaisir, divertissement...elle avait pratiquement tout ce que les mondains pourraient désirer. Vanitas vanitatum, vanité des vanités, tout est vanité, sauf aimer Dieu et servir uniquement Lui. Les biens de ce monde ne peuvent pas satisfaire le coeur de l’homme qui est créé pour aimer le Seigneur et il est inquiet jusqu’à ce qu’il ne se repose pas en Lui.

La Vierge Marie, Médiatrice de toutes les grâces, veillait sur Dolores, et le Divin Rédempteur la voulait comme sa chaste épouse. La jeune actrice blonde a interprété le rôle de sainte Claire dans un film sur saint François d’Assise ( les deux photos du post sont tirées de ce film) et a eu l’occasion de rencontrer le Souverain Pontife. Peu à peu elle a compris que Jésus l’appelait à vivre en clôture dans le monastère de l’abbatie "Regina Laudis" en Connecticut ( les Etats-Unis). Parmi la stupeur et le bruit des médias et de l’opinion internationale, elle a tout lâché pour prendre l’habit des soeurs bénédictines. Dans le silence et le recueillement de la clôture, elle se sentait finalement heureuse.

vendredi 24 octobre 2014

Je veux aimer Dieu

Je soussignée, constituée et établie en la présence de Dieu éternel et de toute la cour céleste, ayant considéré l’immense miséricorde de sa divine bonté envers moi, très indigne et chétive créature, qu’elle a créée de rien, conservée, soutenue, délivrée de tant de dangers, et comblée de tant de bienfaits; mais surtout ayant considéré cette incompréhensible douceur et clémence avec laquelle ce très bon Dieu m’a si bénignement tolérée en mes iniquités, si souvent et si amiablement inspirée, me conviant à m’amender, et si patiemment attendue à pénitence et repentance jusques à cette N. année de mon âge, nonobstant toutes mes ingratitudes, déloyautés et infidélités par lesquelles, différant ma conversion et méprisant ses grâces, je l’ai si impudemment offensé ; après avoir considéré qu’au jour de mon sacré baptême je fus si heureusement et saintement vouée et dédiée à mon Dieu pour être sa fille, et que, contre la profession qui fut alors faite en mon nom, j’aie tant et tant de fois si malheureusement et détestablement profané et violé mon esprit, l’appliquant et l’employant contre la divine Majesté; enfin, revenant maintenant à moi-même, prosternée de coeur et d’esprit devant le trône de la justice divine, je me reconnais, avoue et confesse pour légitimement atteinte et convaincue du crime de lèse-majesté divine, et coupable de la mort et passion de Jésus-Christ, à raison des péchés que j’ai commis, pour lesquels il est mort et a souffert le tourment de la croix, si que je suis digne, par conséquent, d’être à jamais perdue et damnée.

Mais me retournant devers le trône de l’infinie miséricorde de ce même Dieu, après avoir détesté de tout mon coeur et de toutes mes forces les iniquités de ma vie passée [...] Et me convertissant à mon Dieu débonnaire et pitoyable, je désire, propose, délibère et me résous irrévocablement de le servir et aimer maintenant et éternellement, lui donnant à ces fins, dédiant et consacrant mon esprit avec toutes ses facultés, mon âme avec toutes ses puissances, mon coeur avec toutes ses affections, mon corps avec tous ses sens; protestant de ne jamais plus abuser d’aucune partie de mon être contre sa divine volonté et souveraine Majesté, à laquelle je me sacrifie et immole en esprit, pour lui être à jamais loyale, obéissante et fidèle créature, sans que je veuille onques m’en dédire ni repentir. Mais héla s, si par suggestion de l’ennemi ou par quelque infirmité humaine, il m’arrivait de contrevenir en chose quelconque à cette mienne résolution et consécration, je proteste dès maintenant, et me propose, moyennant la grâce du Saint-Esprit, de m’en relever si tôt que je m’en apercevrai, me convertissant derechef à la miséricorde divine, sans retardation ni dilation quelconque.

(Texte repris de "Introduction a la vie dévote" de Saint François de Sales)

lundi 20 octobre 2014

Père spirituel

Le jeune Tobie commandé d’aller en Ragès: « Je ne sais nullement le chemin, dit-il ». « Va donc, répliqua le père, et cherche quelque homme qui te conduise ». Je vous en dis de même, ma Philothée: voulez-vous à bon escient vous acheminer à la dévotion? cherchez quelque homme de bien qui vous guide et conduise; c’est ici l’avertissement des avertissements. Quoi que vous cherchiez, dit le dévot Avila, vous ne trouverez jamais si assurément la volonté de Dieu que par le chemin de cette humble obéissance, tant recommandée et pratiquée par tous les anciens dévots.

La bienheureuse mère Thérèse, voyant que madame Catherine de Cordoue faisait de grandes pénitences désira fort de l’imiter en cela, contre l’avis de son confesseur qui le lui défendait, auquel elle était tentée de ne point obéir pour ce regard; et Dieu lui dit: « Ma fille, tu tiens un bon et assuré chemin. Vois-tu la pénitence qu’elle fait ? mais moi, je fais plus de cas de ton obéissance s. Aussi elle aimait tant cette vertu, qu’outre l’obéissance qu’elle devait à ses supérieurs, elle en voua une toute particulière à un excellent homme, s’obligeant de suivre sa direction et conduite, dont elle fut infiniment consolée; comme, après et devant elle, plusieurs bonnes âmes, qui pour se mieux assujettir à Dieu, ont soumis leur volonté à celle de ses serviteurs, ce que sainte Catherine de Sienne loue infiniment en ses Dialogues. La dévote princesse sainte Elisabeth se soumit avec une extrême obéissance au docteur maître Conrad; et voici l’un des avis que le grand saint Louis fit à son fils avant que mourir: «Confesse-toi souvent, élis un confesseur idoine, qui soit prud’homme et qui te puisse sûrement enseigner à faire les choses qui te sont nécessaires.

« L’ami fidèle, dit l’Ecriture Sainte, est une forte protection; celui qui l’a trouvé, a trouvé un trésor. L’ami fidèle est un médicament de vie et d’immortalité; ceux qui craignent Dieu le trouvent ». Ces divines paroles regardent principalement l’immortalité, comme vous voyez, pour laquelle il faut sur toutes choses avoir cet ami fidèle qui guide nos actions par ses avis et conseils, et par ce moyen nous garantit des embûches et tromperies du malin; il nous sera comme un trésor de sapience en nos afflictions, tristesses et chutes ; il nous servira de médicament pour alléger et consoler nos coeurs ès maladies spirituelles; il nous gardera du mal, et rendra notre bien meilleur ; et quand il nous arrivera quelque infirmité, il empêchera qu’elle ne soit pas à la mort, cari! nous en relèvera.

Mais qui trouvera cet ami? Le Sage répond : « Ceux qui craignent Dieu »; c’est-à-dire les humbles qui désirent fort leur avancement spirituel. Puisqu’il vous importe tant, Philothée, d’aller avec un bon guide en ce saint voyage de dévotion, priez Dieu avec une grande instance qu’il vous en fournisse d’un qui soit selon son coeur, et ne doutez point; car, quand il devrait envoyer un ange du ciel, comme il fit au jeune Tobie, il vous en donnera un bon et fidèle.

Or, ce doit toujours être un ange pour vous c’est-à-dire, quand vous l’aurez trouvé, ne le considérez pas comme un simple homme, et ne vous confiez point en icelui ni en son savoir humain, mais en Dieu, lequel vous favorisera et parlera par l’entremise de cet homme, mettant dedans le coeur et dedans la bouche d’icelui ce qui sera requis pour votre bonheur ; si que vous le devez écouter comme un ange qui descend du ciel pour vous y mener. Traitez avec lui à coeur ouvert, en toute sincérité et fidélité, lui manifestant clairement votre bien et votre mal, sans feintise ni dissimulation : et par ce moyen, votre bien sera examiné et plus assuré, et votre mal sera corrigé et remédié; vous en serez allégée et fortifiée en vos afflictions, modérée et réglée en vos consolations, Ayez en lui une extrême confiance mêlée d’une sacrée révérence, en sorte que la révérence ne diminue point la confiance, et que la confiance n’empêche point la révérence; confiez. vous en lui avec le respect d’une fille envers son père, respectez-le avec la confiance d’un fils envers sa mère: bref, cette amitié doit être forte et douce, toute sainte, toute sacrée, toute divine et toute spirituelle.

Et pour cela, choisissez-en un entre mille, dit Avila ; et moi je dis entre dix mille, car il s’en trouve moins que l’on ne saurait dire qui soient capables de cet office. Il le faut plein de charité, de science et de prudence: si l’une de ces trois parties lui manque, il y a du danger. Mais je vous dis derechef, demandez-le à Dieu, et l’ayant obtenu bénissez sa divine Majesté, demeurez ferme et n’en cherchez point d’autres, ains allez simplement, humblement et confidemment, car vous ferez un très heureux voyage.

(Texte repris de "Introduction a la vie dévote" de Saint François de Sales)

jeudi 16 octobre 2014

Refuser la vocation

Saint Alphonse Maria de Ligouri raconte dans ses écrits que dans le célèbre collège romain des jésuites il y avait un jeune homme qui possédait beaucoup de qualités. En participant à quelques exercices spirituels, il a demandé à son confesseur si le fait de ne pas correspondre à la vocation religieuse était un péché. Le confesseur lui a dit que, s’il n’était pas un péché grave en lui-même, car la vocation reçue de Dieu est un conseil et non pas un ordre, la repousser serait mettre son salut en grand péril, comme il est arrivé à beaucoup de gens qui se sont damnés en vivant dans le monde. Le jeune n’a pas répondu à l’appel de Dieu et il est allé étudier ailleurs, où il a commencé très vite à abandonner la prière et les sacrements et a fini par mener une vie en péché. Une nuit, au bas des escaliers de la maison d’une femme pécheresse, il a été mortellement blessé par un de ses ennemis. Quelques prêtres se sont empressés de lui administrer les sacrements, mais il était déjà mort avant leur venue, en donnant son dernier soupir devant le collège des jésuites qu’il avait abandonné. Selon Saint Alphonse, Dieu a voulu montrer de cette façon la punition que ce jeune homme a méritée en méprisant la vocation reçue.

dimanche 12 octobre 2014

Choisissez Jésus Christ

1. Imaginez-vous d’être derechef en une rase campagne, avec votre bon ange toute seule, et à côté gauche vous voyez le diable assis sur un grand trône haut élevé, avec plusieurs des esprits infernaux auprès de lui, et tout autour de lui, une grande troupe de mondains qui tous à tête nue le reconnaissent et lui font hommage, les uns par un péché, les autres par un autre. Voyez la contenance de tous les infortunés courtisans de Cet abominable roi: regardez les uns furieux de haine, d’envie et de colère; les autres qui s’entre tuent ; les autres haves, pensifs et empressés à faire des richesses; les autres attentifs à la vanité, sans aucune sorte de plaisir qui ne soit inutile et vain; les autres vilains, perdus, pourris en leurs brutales affections. Voyez comme ils sont tous sans repos, sans ordre et sans contenance; voyez comme ils se méprisent les uns les autres et comme ils ne s’aiment que par des faux semblants. Enfin, vous verrez une calamiteuse république, tyrannisée de ce roi maudit, qui vous fera compassion.

2. Du côté droit, voyez Jésus-Christ crucifié, qui, avec un amour cordial, prie pour ces pauvres endiablés, afin qu’ils sortent de cette tyrannie, et qui les appelle à soi; voyez une grande troupe de dévots qui sont autour de lui avec leurs anges. Contemplez la beauté de ce royaume de dévotion. Qu’il fait beau voir cette troupe de vierges, hommes et femmes, plus blanches que le lys ; cette assemblée de Veuves, pleines d’une sacrée mortification et humilité Voyez le rang de plusieurs personnes mariées qui vivent si doucement ensemble avec respect mutuel, qui ne peut être sans une grande charité: voyez comme ces dévotes âmes marient le soin de leur maison extérieure avec le soin de l’intérieur, l’amour du mari avec celui de l’Epoux céleste. Regardez généralement partout, vous les verrez tous en une contenance sainte, douce, amiable, qu’ils écoutent Notre Seigneur, et tous le voudraient planter au milieu de leur coeur. Ils se réjouissent, mais d’une joie gracieuse, charitable et bien réglée; ils~ s’entr’aiment, mais d’un amour sacré et très pur. Ceux qui ont des afflictions en ce peuple dévot, ne se tourmentent pas beaucoup et n’en perdent point contenance. Bref, voyez les yeux du Sauveur qui les console, et que tous ensemblement aspirent à lui.

3. Vous avez meshui quitté Satan avec sa triste et malheureuse troupe, par les bonnes affections que vous avez conçues, et néanmoins vous n’êtes pas encore arrivée au Roi Jésus, ni jointe à son heureuse et sainte compagnie de dévots, ains vous avez été toujours entre l’un et l’autre.

4. La Vierge sainte avec saint Joseph, saint Louis, sainte Monique, et cent mille autres qui sont en l’escadron de ceux qui ont vécu emmi le monde, vous invitent et encouragent.

5. Le Roi crucifié vous appelle par votre nom propre : « Venez, o ma bien aimée, venez afin que je vous couronne. »

(Texte repris de "Introduction a la vie dévote" de Saint François de Sales)

mercredi 8 octobre 2014

Nature de la vie chrétienne

La vie surnaturelle étant une participation à la vie de Dieu, en vertu des mérites de Jésus-Christ, se définit parfois la vie de Dieu en nous ou la vie de Jésus en nous. Ces expressions sont justes, si on a soin de les bien expliquer, de manière à éviter toute trace de panthéisme. Nous n'avons pas en effet une vie identique à celle de Dieu ou de Notre Seigneur, mais une similitude de cette vie, une participation finie, bien que réelle, à cette vie. Nous pouvons donc la définir : une participation à la vie divine, conférée par le Saint Esprit habitant en nous, en vertu des mérites de Jésus Christ, et que nous devons cultiver contre les tendances opposées.

On le voit donc, la vie surnaturelle est une vie où Dieu a le rôle principal et nous le rôle secondaire. C'est Dieu, le Dieu de la Trinité (qu'on appelle aussi le Saint Esprit), qui vient lui-même nous conférer cette vie, puisque lui seul peut nous faire participer à sa propre vie. Il nous la communique en vertu des mérites de Jésus Christ (n° 78), qui est la cause méritoire, exemplaire et vitale de notre sanctification. Il est donc bien vrai que Dieu vit en nous, que Jésus vit en nous ; mais notre vie spirituelle n'est pas identique à celle de Dieu ou à celle de Notre Seigneur ; elle en est distincte, et n’est que semblable à l'une et à l'autre. Notre vie à nous consiste à utiliser les dons divins pour vivre en Dieu et pour Dieu, pour vivre en union avec Jésus et en l'imitant ; et, comme la triple concupiscence demeure en nous (n° 83), nous ne pouvons vivre qu'à la condition de la combattre avec acharnement ; comme, par ailleurs, Dieu nous a dotés d'un organisme surnaturel, nous devons le faire croître par les actes méritoires, et la fervente réception des Sacrements.

Tel est le sens de la définition que nous venons de donner ; le chapitre tout entier n'en sera que l'explication et le développement, et nous permettra de tirer des conclusions pratiques sur la dévotion à la Sainte Trinité, la dévotion et l'union au Verbe Incarné, et même la dévotion à la Sainte Vierge et aux Saints qui découlent de leurs rapports avec le Verbe Incarné. Bien que l'action de Dieu et l'action de l'âme se développent parallèlement dans la vie chrétienne, nous
traiterons pour plus de clarté, en deux articles successifs, du rôle de Dieu et du rôle de l'homme.

["Précis de Théologie Ascétique et Mystique", Adolphe Tanquerey, 1854-1932]

samedi 4 octobre 2014

L’oraison mentale

Mais vous ne savez peut-être pas, Philothée, comme il faut faire l’oraison mentale; car c’est une chose laquelle, par malheur, peu de gens savent en notre âge. C’est pourquoi je vous présente une simple et brève méthode pour cela, en attendant que, par la lecture de plusieurs beaux livres qui ont été composés sur ce sujet, et surtout par l’usage, vous en puissiez être plus amplement instruite. Je vous marque premièrement la préparation, laquelle consiste en deux points, dont le premier est de se mettre en la présence de Dieu, et le second, d’invoquer son assistance. Or, pour vous mettre en la présence de Dieu, je vous propose quatre principaux moyens, desquels vous vous pourrez servir à ce commencement.

Le premier gît en une vive et attentive appréhension de la toute présence de Dieu, c’est-à-dire que Dieu est en tout et partout, et qu’il n’y a lieu ni chose en ce monde où il ne soit d’une très véritable présence; de sorte que, comme les oiseaux, où qu’ils volent, rencontrent toujours l’air, ainsi, où que nous allions, où que nous soyons, nous trouvons Dieu présent. Chacun sait cette vérité, mais chacun n’est pas attentif à l’appréhender. Les aveugles ne voyant pas un prince qui leur est présent, ne laissent pas de se tenir en respect s’ils sont avertis de sa présence; mais la vérité est que d’autant qu’ils ne le voient pas, ils s’oublient aisément qu’il soit présent, et s’en étant oubliés, ils perdent encore plus aisément le respect et la révérence. Hélas, Philothée, nous ne voyons pas Dieu qui nous est présent; et, bien que la foi nous avertisse de sa présence, si est-ce que ne le voyant pas de nos yeux, nous nous en oublions bien souvent, et nous comportons comme si Dieu était bien loin de nous; car encore que nous sachions bien qu’il est présent à toutes choses, si est-ce que n’y pensant point, c’est tout autant comme si nous ne le savions pas. [...]

Le second moyen de se mettre en cette sacrée présence, c’est de penser que non seulement Dieu est au lieu où vous êtes, mais qu’il est très particulièrement en votre coeur et au fond de votre esprit, lequel il vivifie et animé de sa divine présence, étant là comme le coeur de votre coeur et l’esprit de votre esprit; car, comme l’âme étant répandue par tout le corps se trouve présente en toutes les parties d’icelui, et réside néanmoins au coeur d’une spéciale résidence, de même Dieu étant très présent à toutes choses, assiste toutefois d’une spéciale façon à notre esprit: et pour cela David appelait Dieu, «Dieu de son coeur », et saint Paul disait que « nous vivons, nous nous mouvons et sommes en Dieu ». En la considération donc de cette vérité, vous exciterez une grande révérence en votre coeur à l’endroit de Dieu, qui lui est si intimement présent.

Le troisième moyen, c’est de considérer notre Sauveur, lequel en son humanité regarde dès le ciel toutes les personnes du monde, mais particulièrement les chrétiens qui sont ses enfants, et plus spécialement ceux qui sont en prière, desquels il remarque les actions et déportements. Or, ceci n’est pas une simple imagination, mais une vraie vérité; car encore que nous ne le voyions pas, si est-ce que de là-haut il nous considère : saint Etienne le vit ainsi au temps de son martyre. Si que nous pouvons bien dire avec l’épouse : « Le voilà qu’il est derrière la paroi, voyant par les fenêtres, regardant par les treillis. »

La quatrième façon consiste à se servir de la simple imagination, nous représentant le Sauveur en son humanité sacrée comme s’il était près de nous, ainsi que nous avons accoutumé de nous représenter nos amis et de dire : je m’imagine de voir un tel qui fait ceci et cela, il me semble que je le vois, ou chose semblable. Mais si le très Saint Sacrement de l’autel était présent, alors cette présence serait réelle et non purement imaginaire ; car les espèces et apparences du pain seraient comme une tapisserie, derrière laquelle Notre Seigneur réellement présent nous voit et considère, quoi que nous ne le voyions pas en sa propre forme.

Vous userez donc de l’un de ces quatre moyens, pour mettre votre âme en la présence de Dieu avant l’oraison; et ne faut pas les vouloir employer tous ensemblement, mais seulement un à la fois, et cela brièvement et simplement.

(Texte repris de "Introduction a la vie dévote" de Saint François de Sales)

mercredi 1 octobre 2014

Adieu au monde

[Dans les écrits de Sainte Thérèse de Lisieux]

J.M.J.T.
Carmel de Lisieux
14 juillet 1897.

Jésus +

Mon Frère,
                   [...] Quand vous recevrez cette lettre, sans doute j'aurai quitté la terre. Le Seigneur, dans son infinie miséricorde, m'aura ouvert son royaume et je pourrai puiser dans ses trésors pour les prodiguer aux âmes qui me sont chères. Croyez, mon Frère, que votre petite soeur tiendra ses promesses, et qu'avec bonheur son âme, délivrée du poids de l'enveloppe mortelle, volera vers les lointaines régions que vous évangélisez. Ah! mon frère, je le sens, je vous serai bien plus utile au Ciel que sur la terre et c'est avec bonheur que je viens vous annoncer ma prochaine entrée dans cette bienheureuse cité, sûre que vous partagerez ma joie et remercierez le Seigneur de me donner les moyens de vous aider plus efficacement dans vos oeuvres apostoliques.

Je compte bien ne pas rester inactive au Ciel, mon désir est de travailler encore pour l'Eglise et les âmes, je le demande au bon Dieu et je suis certaine qu'Il m'exaucera. Les Anges ne sont-ils pas continuellement occupés de nous sans jamais cesser de voir la Face divine, de se perdre dans l'Océan sans rivages de l'Amour? Pourquoi Jésus ne me permettrait-Il pas de les imiter?

Mon Frère, vous voyez que si je quitte déjà le champ de bataille, ce n'est pas avec le désir égoïste de me reposer, la pensée de la béatitude éternelle fait à peine tressaillir mon coeur, depuis longtemps la souffrance est devenue mon Ciel ici-bas et j'ai vraiment du mal à concevoir comment je pourrai m'acclimater dans un Pays où la joie règne sans aucun mélange de tristesse. Il faudra que Jésus transforme mon âme et lui donne la capacité de jouir, autrement je ne pourrai supporter les délices éternelles.

Ce qui m'attire vers la Patrie des Cieux, c'est l'appel du Seigneur, c'est l'espoir de l'aimer enfin comme je l'ai tant désiré et la pensée que je pourrai le faire aimer d'une multitude d'âmes qui le béniront éternellement.

Mon Frère, vous n'aurez pas le temps de m'envoyer vos commissions pour le Ciel, mais je les devine et puis vous n'aurez qu'à me les dire tout bas, je vous entendrai et porterai fidèlement vos messages au Seigneur, à Notre Mère Immaculée, aux Anges, aux Saints que vous aimez. Je demanderai pour vous la palme du martyre et je serai près de vous, soutenant votre main afin qu'elle cueille sans effort cette palme glorieuse, et puis, avec allégresse, nous volerons ensemble dans la Patrie céleste, environnés de toutes les âmes qui seront votre conquête!

Au revoir, mon Frère, priez beaucoup pour votre soeur, priez pour Notre Mère, dont le coeur sensible et maternel a bien du mal consentir à mon départ. Je compte sur vous pour la consoler.

Je suis pour l'éternité votre petite soeur


Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Ste Face

dimanche 28 septembre 2014

Une vocation reçue grâce à l'intercession de Sainte Thérèse de Lisieux

Un soir, devant un hôtel prestigieux de Paris, s'arrêta un taxi duquel descendit un important homme d'affaires français. Il entra dans la hall et se dirigea vers la réception, mais à un moment, il eut la sensation d'être observé par quelqu'un par dessus l'épaule. Il se retourna et vit qu'il s'agissait d'une jeune soeur. Ne connaissant pas les habits religieux, il ne reconnut pas qu'il s'agissait d'une carmélite déchaussée. Du reste, cet entrepreneur était tellement occupé par ses affaires qu'il ne s'intéressait pas aux Ordres religieux, aux églises et aux monastères. Le fait était que la soeur continuait à l'observer et lui souriait avec une candeur céleste. L'entrepreneur ne connaissait pas cette mystérieuse religieuse, il souleva son chapeau pour la saluer, puis se retourna et s'avança vers la réception pour remplir les formalités administratives nécessaires. Pendant qu'il signait le registre il jeta un coup d'oeil par-dessus sont épaule pour voir si la jeune soeur était toujours là, mais il ne la vit pas. Il demanda alors à l'employé qui était cette fille en habit religieux, mais celui-ci haussa les épaules en lui répondant que dans la dernière demi-heure, aucune autre personne à part lui n'était entré dans la hall de l'hôtel.

Quelques jours après, pendant qu'il était chez des amis, l'homme d'affaire observa l'image d'une soeur : avec grande stupeur il reconnut la jeune soeur qui lui avait souri à l'hôtel. Il demanda de qui il s'agissait et ils lui répondirent que c'était Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus.

Quelques temps après, cet homme abandonna le monde de l'entreprise et entré à l'Abbaye d'Aiguebelle. Après la vision de Sainte Thérèse de Lisieux il s'était rapproché de la Religionet avait ressenti l'appel de Dieu à la vie monastique. Il ne portait plus d'habits chers et raffinés, mais une tunique avec un scapulaire sombre et une ceinture de cuir. Il avait également la tête rasée et la barbe longue. Il était devenu moine trappiste. Dans le silence et le recueillement du monastère, il avait finalement trouvé la paix intérieure que les richesses qu'il possédait dans le monde n'avait pu lui procurer.

mercredi 24 septembre 2014

Les femmes les plus heureuses du monde

Le monde pense que les sœurs de clôture sont des femmes qui mènent une vie triste et malheureuse. Lui ne comprend rien aux choses spirituelles, c’est pour cela qu’il a des discours erronés.

Il y a quelque temps, j’ai visité un monastère de clôture de la branche contemplative des Servantes (Servidoras). Ce fut une expérience touchante d ‘entrer dans le parloir et de voir les sœurs au-delà des grilles. Presque toutes étaient jeunes et leurs visages irradiaient une grande joie intérieure. Parler avec elles a été une chose très intéressante et le temps est passe très vite. Elles ont été très gentilles et cordiales, mais la charité fraternelle est pratiqué principalement avec la prière et la pénitence en faveur des âmes. Même s’il est «caché », cet apostolat est très important pour l’Eglise, le Corps Mystique du Christ.

Je suis convaincu que les sœurs qui appartiennent aux ordres religieux fervents et observants sont les femmes les plus heureuses du monde. Pourtant, le monde ne peut pas comprendre ces choses...

samedi 20 septembre 2014

La nature des fonctions sacerdotales exige la sainteté

En vertu de sa mission, le prêtre doit glorifier Dieu au nom de toutes les créatures et plus spécialement du peuple chrétien. Il est donc vraiment, et cela en vertu du sacerdoce tel que Notre Seigneur l'a institué, le religieux de Dieu. C'est surtout par le saint sacrifice de la messe et la récitation du Saint Office qu'il s'acquitte de ce devoir ; mais toutes ses actions, même les plus communes peuvent y contribuer, comme nous l'avons dit plus haut, si elles sont faites pour lui plaire. Or cette mission ne peut être remplie convenablement que par un prêtre saint, ou du moins disposé à le devenir.

Quelle sainteté est requise pour le Saint Sacrifice? Les prêtres de l'Ancienne Loi qui voulaient s'approcher de Dieu, devaient être saints (il s'agit surtout de la sainteté légale) sous peine d'être châtiés (Exod., XIX, 22). Pour offrir l'encens et les pains destinés à l'autel, ils devaient être saints (Levit., XXI,6). Combien plus saints, d'une sainteté intérieure, ceux qui offrent non plus des ombres et des figures, mais le sacrifice par excellence, la victime infiniment sainte? Tout est saint dans ce divin sacrifice: la victime et le prêtre principal qui n'est autre que Jésus, qui, nous dit Saint Paul, « est saint, innocent, sans tache, séparé des pécheurs, et élevé au-dessus des cieux (Hebr., VII, 26); l'Eglise, au nom de laquelle le prêtre offre la sainte messe, et que Jésus a sanctifiée au prix de son sang : « seipsum tradidit pro ea ut illam sanctificaret... ut sit sancta et immaculata » (Ephes., V, 25-27); le but, qui est de glorifier Dieu et de produire dans les âmes des fruits de sainteté ; les prières et cérémonies, qui rappellent le sacrifice du Calvaire et les effets de sainteté qu'il a mérités; la communion surtout, qui nous unit à la source de toute sainteté. N'est-il donc pas nécessaire que le prêtre qui, comme représentant de Jésus-Christ et de l'Eglise, offre cet auguste sacrifice, soit lui-même revêtu de sainteté? Comment pourrait-il représenter dignement Jésus-Christ, au point d'être alter Christus, si sa vie était médiocre, sans aspirations vers la perfection? Comment serait-il le ministre de l'Eglise immaculée, si son âme, attachée au péché véniel, n'avait cure de progrès spirituel? Comment glorifierait-il Dieu, si son cœur était vide d'amour et de sacrifice? Comment sanctifierait-il les âmes, s'il n'avait lui-même le désir loyal de se sanctifier? Comment oserait-il monter au saint autel, et réciter les prières de la messe, qui respirent les sentiments les plus purs de pénitence, de foi, de religion, d'amour, d'abnégation, si son âme y était étrangère? [...] Et comment communier chaque jour au Dieu de toute sainteté, sans avoir le désir sincère de participer à cette sainteté, de s'en rapprocher du moins chaque jour par un effort progressif? Ne serait-ce pas là une contradiction flagrante, un manque de loyauté, une provocation, un abus de la grâce, une infidélité à sa vocation?

["Précis de Théologie Ascétique et Mystique", Adolphe Tanquerey, 1854-1932]

mardi 16 septembre 2014

L'aridité durant la méditation

S’il vous arrive, Philothée, de n’avoir point de goût ni de consolation en la méditation, je vous conjure de ne vous point troubler, mais quelquefois ouvrez la porte aux paroles vocales : lamentez-vous de vous-même à Notre Seigneur, confessez votre indignité, priez-le qu’il vous soit en aide, baisez son image si vous l’avez [..]. Autres fois, prenez un livre en main, et le lisez avec attention jusques à ce que votre esprit soit réveillé et remis en vous ; piquez quelquefois votre coeur par quelque contenance et mouvement de dévotion extérieure, vous prosternant en terre, croisant les mains sur l’estomac, embrassant un crucifix: cela s’entend si vous êtes en quelque lieu retiré.

Que si après tout cela vous n’êtes point consolée, pour grande que soit votre sécheresse, ne vous troublez point, mais continuez à vous tenir en une contenance dévote devant votre Dieu. Combien de courtisans y a-t-il qui vont cent fois l’année eu la chambre du prince sans espérance de lui parler, mais seulement pour être vus de lui et rendre leur devoir. Ainsi devons-nous venir, ma chère Philothée, à la sainte oraison, purement et simplement pour rendre notre devoir et témoigner notre fidélité. Que s’il plaît à la divine Majesté de nous parler et s’entretenir avec nous par ses saintes inspirations et consolations intérieures, ce nous sera sans doute un grand honneur et un plaisir délicieux; mais s’il ne lui plaît pas de nous faire cette grâce, nous laissant là sans nous parler, non plus que s’il ne nous voyait pas et que nous ne fussions pas en sa présence, nous ne devons pourtant pas sortir, ains au contraire nous devons demeurer là, devant cette souveraine bonté, avec un maintien dévotieux et paisible; et lors infailliblement il agréera notre patience, et remarquera notre assiduité et persévérance, si qu’une autre fois, quand nous reviendrons devant lui, il nous favorisera et s’entretiendra avec nous par ses consolations, nous faisant voir l’aménité de la sainte oraison. Mais quand il ne le ferait pas, contentons-nous, Philothée, que ce nous est un honneur trop plus grand d’être auprès de lui et à sa vue.

(Texte repris de "Introduction a la vie dévote" de Saint François de Sales)

vendredi 12 septembre 2014

Vivons de sacrifice, c’est vivre de vrai amour

[Dans les écrits de Mère Marie de Jésus Deluil-Martiny]

21 avril 1874.

Je crois, chère enfant, que l’absence resserre mille fois plus nos liens !... Qu’il fait bon être étroitement unies en Jésus !... Voilà des chaînes solides que rien ne peut rompre. La distance ne touche pas les âmes, et elle ne sert que de matière à l’immolation, c’est-à-dire, elle unit encore plus, car la grande union des âmes se fait sur la croix et par la croix. Vous y êtes, j’y suis avec vous, et Jésus y est avec nous... Vivons de sacrifice, c’est vivre de vrai amour. Choisies comme de petites victimes, appelées à une étroite union au sacrifice, que pouvons-nous attendre sinon l’immolation ?... Comment être emportées à toute heure dans l’oblation de Jésus-Eucharistie, si notre être n’est pas en sacrifice ?... Comment être un seul coeur avec le Coeur ensanglanté de Jésus, si aucune des épines de sa couronne ne nous touche !... Dans l’union au Coeur de Jésus, comptons sur la croix du coeur : agonies, angoisses, brisements intimes, délaissements qui avez fait le martyre perpétuel du Coeur de Dieu qui est le Coeur de mon Epoux, venez aussi en mon pauvre coeur et rendez mon coeur conforme au Coeur de mon Epoux et de mon Dieu !... Disons cela, ma fille, et faisons bon accueil à ces souffrances qui nous rendent semblables en quelque petite chose à notre Céleste Bien-Aimé !... Ayez un grand courage l’état d’immolation où Jésus vous tient est une confirmation nouvelle de votre vocation pour l’OEuvre... Ne vous regardez pas, n’examinez pas vos peines ; offrez-les avec le Sang de Jésus et abandonnez-vous en aveugle. ... Plus l’immolation grandira, plus l’union avec Notre- Seigneur deviendra étroite. Humilité et abandon.

[Lettres de Mère Marie de Jésus Deluil-Martiny, fondatrice de la Société des Filles du Cœur de Jésus. - Paris, P. Lethielleux, 1965 – Imprimatur: Luçon, le 11 Octobre 1965. L. Bouet, v. g.]

lundi 8 septembre 2014

Penser à la mort

1. Considérez l’incertitude du jour de votre mort. O mon âme, vous sortirez un jour de ce corps. Quand sera-ce ? sera-ce en hiver ou en été ? en la ville ou au village ? de jour ou de nuit ? sera-ce à l’impourvu ou avec avertissement ? sera-ce de maladie ou d’accident ? aurez-vous le loisir de vous confesser, ou non P serez-vous assistée de votre confesseur et père spirituel! Hélas, de tout cela nous n’en savons rien du tout; seulement cela est assuré que nous mourrons, et toujours plus tôt que nous ne pensons.

2. Considérez qu’alors le monde finira pour ce qui vous regarde, il n’y en aura plus pour vous; il renversera sans dessus dessous devant vos yeux. Oui, car alors les plaisirs, les vanités, les joies mondaines, les affections vaines nous apparaîtront comme des fantômes et nuages. Ah chétive, pour quelles bagatelles et chimères ai-je offensé mon Dieu ? Vous verrez que nous avons quitté Dieu pour néant. Au contraire, la dévotion et les bonnes oeuvres vous sembleront alors si désirables et douces: et pourquoi n’ai-je suivi ce beau et gracieux chemin ? Alors les péchés qui semblaient bien petits paraîtront gros comme des montagnes, et votre dévotion bien petite.

3. Considérez les grands et langoureux adieux que votre âme dira à ce bas monde: elle dira adieu aux richesses, aux vanités et vaines compagnies, aux plaisirs, aux passetemps, aux amis et voisins, aux parents, aux enfants, au mari, à la femme, bref, à toute créature; et, en fin finale, à son corps, qu’elle délaissera pâle, have, défait, hideux et puant.

4. Considérez les empressements qu’on aura pour lever ce corps-là et le cacher en terre, et que, cela fait, le monde ne pensera plus guère en vous, ni n’en sera plus mémoire, non plus que vous n’avez guère pensé aux autres : Dieu lui fasse paix, dira-t-on, et puis, c’est tout. O mort, que tu es considérable, que tu es impiteuse !

5. Considérez, qu’au sortir du corps, l’âme prend son chemin ou à droite ou à gauche. Hélas, où ira la vôtre ? quelle voie tiendra-t-elle ? non autre que celle qu’elle aura commencée en ce monde.

(Texte repris de "Introduction a la vie dévote" de Saint François de Sales)

jeudi 4 septembre 2014

Vocation

[Dans les écrits de Mère Marie de Jésus Deluil-Martiny]

«Chacun a sa voie et n’a de paix que dans cette voie. La vôtre est toute d’humilité, de vie cachée, de douce et humble cordialité, de silencieux dévouement.»

«C’est une grande grâce de Notre-Seigneur que ce désir qu’il vous donne, contre vous-même, de l’appel… Recevez cette douce inspiration avec reconnaissance; ne vous en tourmentez pas; laissez à Jésus le soin de la faire croître et de la perfectionner… Oui, oui, seulement ce que Jésus voudra, vous ne voudrez jamais rien d’autre, ni moi non plus pour vous. Ce n’est pas vous qui devez faire votre vocation: c’est Jésus qui fera votre vocation, quelle qu’elle soit. Vous n’avez qu’à prier Notre-Seigneur d’accomplir en vous ses desseins selon que son divin Cœur les a formés.»

«Ce n’est pas pour rien que Dieu a promis le centuple en ce monde, avec la vie éternelle dans l’autre, à ceux qui quittent tout pour Le suivre; tout, ses sœurs, son époux, ses proches, ses champs, ses biens, et même son âme, c’est-à-dire l’amour de soi-même et de sa vie. Il nomme tout ce qu’il y a de cher et de sacré, pour que nous restions sans excuses, et que nous sachions bien que rien ne prévaut contre ses droits: ni la tendresse d’une mère, ni la désolation d’un père, ni la douce affection des sœurs, ni rien de ce que la nature et le monde peuvent avoir pour nous de meilleur et de plus attrayant.»

dimanche 31 août 2014

La dévotion est la douceur des douceurs et la reine des vertus

Le monde voit que les dévots jeûnent» prient et souffrent les injures, servent les malades, donnent aux pauvres, veillent, contraignent leur colère, suffoquent et étouffent leurs passions, se privent des plaisirs sensuels et font telles et autres sortes d’actions, lesquelles en elles-mêmes et de leur propre substance et qualité sont âpres et rigoureuses; mais le monde ne voit pas la dévotion intérieure et cordiale, laquelle rend toutes ces actions agréables, douces et faciles. Regardez les abeilles sur le thym: elles y trouvent un suc fort amer, mais en le suçant elles le convertissent en miel, parce que telle est leur propriété. O mondains, les âmes dévotes trouvent beaucoup d’amertume en leurs exercices de mortification, il est vrai, mais en les faisant elles les convertissent en douceur et suavité. Les feux, les flammes, les roues et les épées semblaient des fleurs et des parfums aux martyrs, parce qu’ils étaient dévots; que si la dévotion peut donner de la douceur aux plus cruels tourments et à la mort même, qu’est-ce qu’elle fera pour les actions de la vertu ?

Le sucre adoucit les fruits mal mûrs et corrige la crudité et nuisance de ceux qui sont bien mûrs; or, la dévotion est le vrai sucre spirituel, qui ôte l’amertume aux mortifications et la nuisance aux consolations : elle ôte le chagrin aux pauvres et l’empressement aux riches, la désolation à l’oppressé et l’insolence au favorisé, la tristesse aux solitaires et la dissolution à celui qui est en compagnie; elle sert de feu en hiver et de rosée en été, elle sait abonder et souffrir pauvreté» elle rend également utile l’honneur et le mépris, elle reçoit le plaisir et la douleur avec un coeur presque toujours semblable, et nous remplit d’une suavité merveilleuse.

Contemplez l’échelle de Jacob (car c’est le vrai portrait de la vie dévote) : les deux côtés entre lesquels on monte, et auxquels les échelons se tiennent, représentent l’oraison qui impètre l’amour de Dieu et les sacrements qui le confèrent; les échelons ne sont autre chose que les divers degrés de charité par lesquels l’on va de vertu en vertu, ou descendant par l’action au secours et support du prochain, ou montant par la contemplation à l’union amoureuse de Dieu, Or voyez, je vous prie, ceux qui sont sur l’échelle : ce sont des hommes qui ont des coeurs angéliques, ou des anges qui ont des corps humains ; ils ne sont pas jeunes, mais ils le semblent être, parce qu’ils sont pleins de vigueur et agilité spirituelle ; ils ont des ailes pour voler, et s’élancent en Dieu par la sainte oraison, mais ils ont des pieds aussi pour cheminer avec les hommes par une sainte et amiable conversation; leurs visages sont beaux et gais, d’autant qu’ils reçoivent toutes choses avec douceur et suavité; leurs jambes, leurs bras et leurs têtes sont tout à découvert, d’autant que leurs pensées, leurs affections et leurs actions n’ont aucun dessein ni motif que de plaire à Dieu. Le reste de leurs corps est couvert, mais d’une belle et légère robe, parce qu’ils usent voirement de ce monde et des choses mondaines, mais d’une façon toute pure et sincère, n’en prenant que légèrement ce qui est requis pour leur condition : telles sont les personnes dévotes.

Croyez-moi, chère Philothée, la dévotion est la douceur des douceurs et la reine des vertus, car c’est la perfection de la charité. Si la charité est un lait, la dévotion en est la crème; si elle est une plante, la dévotion en est la fleur; si elle est une pierre précieuse, la dévotion en est l’éclat ; si elle est un baume précieux, la dévotion en est l’odeur, et l’odeur de suavité qui conforte les hommes et réjouit les anges.

(Texte repris de "Introduction a la vie dévote" de Saint François de Sales)

mercredi 27 août 2014

Différence entre l’Ascétique et la Mystique

Ce que nous avons dit s'applique à la fois à l'une et à l'autre.

1) Pour les distinguer, on peut définir la théologie ascétique cette partie de la science spirituelle qui a pour objet propre la théorie et la pratique de la perfection chrétienne depuis ses débuts jusqu'au seuil de la contemplation infuse. Nous faisons commencer la perfection avec le désir sincère de progresser dans la vie spirituelle, et l'ascétique conduit l'âme, à travers les voies purgative et illuminative, jusqu'à la contemplation acquise.

2) La Mystique est cette partie de la science spirituelle qui a pour objet propre la théorie et la pratique de la vie contemplative, depuis la première nuit des sens et la quiétude jusqu'au mariage spirituel.

a) Nous évitons donc, dans notre définition, de faire de l'Ascétique l'étude des voies ordinaires de la perfection, et de la Mystique l'étude des voies extraordinaires... aujourd'hui en effet on réserve plutôt ce mot d'extraordinaire à une catégorie spéciale de phénomènes mystiques, ceux qui sont des grâces gratuitement données venant s'ajouter à la contemplation, comme les extases et les révélations.

b) La contemplation est une vue simp/e et affectueuse de Dieu ou des choses divines : elle s'appelle acquise quand elle est le fruit de notre activité aidée de la grâce, infuse quand, dépassant cette activité, elle est opérée par Dieu avec notre consentelnent).

c) C'est à dessein que nous réunissons dans un seul et même traité la théologie ascétique et mystique. 1) Assurément il y a des différences profondes entre l'une et l'autre, que nous aurons soin de signaler plus tard ; mais il y a aussi entre les deux états, ascétique et mystique, une certaine continuité qui fait que l'un est une sorte de préparation à l'autre, et que Dieu utilise, quand il le juge à propos, les dispositions de l’ascète pour l’élever aux états mystiques. 2) En tout cas, l’étude de la mystique projette beaucoup de lumiere sur l'ascé- tique et réciproquement; car les voies de Dieu sont harmonieuses, et l'action si puissante qu'il exerce sur les âmes mystiques fait mieux saisir, par le relief avec lequel elle apparaît, son action moins forte sur les débutants ; ainsi les épreuves passives décrites par S. Jean de la Croix font mieux comprendre les sécheresses ordinaires qu'on éprouve dans les états inférieurs, et de même on comprend mieux les voies mystiques quand on voit à quelle docilité, à quelle souplesse arrive une âme qui, pendant de longues années, s'est livrée aux rudes travaux de l'ascèse. Ces deux parties d'une même science s'éclairent donc naturellement et gagnent à n'être pas séparées.

["Précis de Théologie Ascétique et Mystique", Adolphe Tanquerey, 1854-1932]

samedi 23 août 2014

Amitié avec ceux qui peuvent communiquer avec vous de choses vertueuses

O Philothée, aimez un chacun d’un grand amour charitable, mais n’ayez point d’amitié qu’avec ceux qui peuvent communiquer avec vous de choses vertueuses; et plus les vertus que vous mettrez en votre commerce seront exquises, plus votre amitié sera parfaite. Si vous communiquez ès sciences, votre amitié est certes fort louable; plus encore si vous communiquez aux vertus, en la prudence, discrétion, force et justice. Mais si votre mutuelle et réciproque communication se fait de la charité, de la dévotion, de la perfection chrétienne, o Dieu! que votre amitié sera précieuse! Elle sera excellente parce qu’elle vient de Dieu, excellente parce qu’elle tend à Dieu, excellente parce que son lien c’est Dieu, excellente par ce qu’elle durera éternellement en Dieu. Oh! qu’il fait bon aimer en terre comme l’on aime au ciel, et apprendre à s’entre-chérir en ce monde comme nous ferons éternellement en l’autre!

Je ne parle pas ici de l’amour simple de charité, car il doit être porté à tous les hommes; mais je parle de l’amitié spirituelle, par laquelle deux ou trois ou plusieurs âmes se communiquent leur dévotion, leurs affections spirituelles, et se rendent un seul esprit entre elles. Qu’à bon droit peuvent chanter telles heureuses âmes : « Oh! que voici combien il est bon et agréable que les frères habitent ensemble! » Oui, car le baume délicieux de la dévotion distille de l’un des coeurs en l’autre par une continuelle participation, si qu’on peut dire que Dieu a répandu sur cette amitié sa bénédiction et la vie jusques aux siècles des siècles.

Il m’est avis que toutes les autres amitiés ne sont que des ombres au prix de celle-ci, et que leurs liens ne sont que des chaînes de verre ou de jayet, en comparaison de ce grand lien de la sainte dévotion qui est tout d’or.

Ne faites point d’amitié d’autre sorte, je veux dire des amitiés que vous faites: car il ne faut pas ni quitter ni mépriser pour cela les amitiés que la nature et les précédents devoirs vous obligent de cultiver, des parents, des alliés, des bienfaiteurs, des voisins et autres; je parle de celles que vous choisissez vous-même.

Plusieurs vous diront peut-être qu’il ne faut avoir aucune sorte de particulière affection et amitié, d’autant que cela occupe le coeur, distrait l’esprit, engendre les envies : mais ils se trompent en leurs conseils ; car ‘ils ont vu ès écrits de plusieurs saints et dévots auteurs que les amitiés particulières et affections extraordinaires nuisent infiniment aux religieux; ils cuident que c’en soit de même du reste du monde, mais il y a bien à dire. Car attendu qu’en un monastère bien réglé le dessein commun de tous rend à la vraie dévotion, il n’est pas requis d’y faire ces particulières communications, de peur que cherchant en particulier ce qui est commun, on ne passe des particularités aux partialités; mais quant à ceux qui sont entre les mondains et qui embrassent la vraie vertu, il leur est nécessaire de s’allier les uns aux autres par une sainte et sacrée amitié; car par le moyen d’icelle ils s’animent, ils s’aident, ils s’entreportent au bien. Et comme ceux qui cheminent en la plaine n’ont pas besoin de se prêter la main, mais ceux qui sont ès chemins scabreux et glissants s’entretiennent l’un l’autre pour cheminer plus sûrement, ainsi ceux qui sont ès religions n’ont pas besoin des amitiés particulières, mais ceux qui sont au monde en ont nécessité pour s’assurer et secourir les uns les autres, parmi tant de mauvais passages qu’il leur faut franchir. Au monde, tous ne conspirent pas à même fin, tous n’ont pas le même esprit , il faut donc sans doute se tirer à part et faire des amitiés selon notre prétention ; et cette particularité fait voirement une partialité, mais une partialité sainte, qui ne fait aucune division, sinon celle du bien et du mal, des brebis et des chèvres, des abeilles et des frelons, séparation nécessaire.

Certes, on ne saurait nier que Notre Seigneur n’aimât d’une plus douce et, plus spéciale amitié saint Jean, le Lazare, Marthe, Madeleine, car l’Ecriture le témoigne. On sait que saint Pierre chérissait tendrement saint Marc et sainte Pétronille, comme saint Paul faisait son Timothée et sainte Thècle. Saint Grégoire Nazianzène se vante cent fois de l’amitié nonpareille qu’il eut avec le grand saint Basile, et la décrit en cette sorte : « Il semblait qu’en l’un et l’autre de nous, il n’y eût qu’une seule âme portant deux corps. Que s’il ne faut pas croire ceux qui disent que toutes choses sont en toutes choses, si nous faut-il pourtant ajouter foi que nous étions tous deux en l’un de nous, et l’un en l’autre; une seule prétention avions-nous tous deux, de cultiver la vertu et accommoder les desseins de notre vie aux espérances futures, sortant ainsi hors de la terre mortelle avant que d’y mourir. » Saint Augustin témoigne que saint Ambroise aimait uniquement sainte Monique pour les rares vertus qu’il voyait en elle, et qu’elle réciproquement le chérissait comme un ange de Dieu.

Mais j’ai tort de vous amuser en chose si claire. Saint Jérôme, saint Augustin, saint Grégoire, saint Bernard et tous les plus grands serviteurs de Dieu ont eu de très particulières amitiés, sans intérêt de leur perfection. Saint Paul reprochant le détraquement des Gentils, les accuse d’avoir été gens sans affection, c’est-à-dire qui n’avaient aucune amitié. Et saint Thomas, comme tous les bons philosophes, confesse que l’amitié est une vertu: or, il parle de l’amitié particulière, puisque, comme il dit, la parfaite amitié ne peut s’étendre à beaucoup de personnes. La perfection donc ne consiste pas à n’avoir point d’amitié, mais à n’en avoir que de bonne, de sainte et sacrée.

(Texte repris de "Introduction a la vie dévote" de Saint François de Sales)

mardi 19 août 2014

Nous avons un Dieu pour ami

[Dans les écrits de Mère Marie de Jésus Deluil-Martiny]

Berchem, 24 juillet 1874.

Mes chères petites Soeurs, mon coeur m’avait bien dit votre deuil, avant que m’arrive votre touchante lettre. Pauvre terre ! on n’y voit que larmes, séparations, douleurs ! Mon Dieu, qu’il est heureux que Jésus y soit avec nous ! Que deviendrions-nous sans Lui ?... Je me demande comment ceux qui n’ont pas la foi supportent la vie, en certaines heures de détresse, d’écrasement du coeur.

Mais nous, nous avons un Dieu pour ami, pour frère, pour époux; Il est là, toujours là... Tout passe, et Il reste; tout nous manque un jour, Il est encore près de nos coeurs, tous disparaissent et Lui ne nous quitte pas ; personne ne comprend la profondeur de certaines de nos blessures intimes, et Lui il compte tout, il sonde tous nos déchirements, Il les adoucit avec une délicatesse divine.

Chacun peut dire Il est à moi, et nul ne me le ravira. Et quand je resterais seule, Il n’en serait pas moins là, aussi doux, aussi tendre, aussi miséricordieux, aussi ami et frère de mon âme.

Voilà ce qui console dans toutes les épreuves; mon pauvre coeur connaît les arrachements, et vous pouvez le croire quand il vous dit que la terre entière est insuffisante pour panser ces plaies-là ; Jésus seul a du baume et il ne le refuse jamais.

[Lettres de Mère Marie de Jésus Deluil-Martiny, fondatrice de la Société des Filles du Cœur de Jésus. - Paris, P. Lethielleux, 1965 – Imprimatur: Luçon, le 11 Octobre 1965. L. Bouet, v. g.]