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samedi 21 janvier 2017

Le prêtre ne peut sauver les âmes sans viser à la sainteté

Sanctifier et sauver les âmes est le devoir d‘état du prêtre [...]. Or il est de foi que ce qui convertit et sanctifie les âmes, c‘est la grâce de Dieu; nous ne sommes, nous, que des instruments dont Dieu veut bien se servir, mais qui ne produisent de fruit que dans la mesure où ils sont unis à la cause principale, instrumentum Deo conjunctum. Telle est la doctrine de Saint Paul: ―Moi, j‘ai planté, Apollon a arrosé, mais Dieu a fait croître. Ainsi celui qui plante n‘est rien, ni celui qui arrose; Dieu qui fait croître, est tout; [...]. Par ailleurs il est certain que cette grâce s‘obtient surtout de deux manières, par la prière et le mérite. Dans l‘un et l‘autre cas, nous obtenons d‘autant plus de grâces que nous sommes plus saints, plus fervents, plus unis à Notre Seigneur. Si donc notre devoir d‘état est de sanctifier les âmes, cela veut dire que nous devons d‘abord nous sanctifier nous-mêmes: ―Pro eis ego sanctifico meipsum ut sint et ipsi sanctificati in veritate.

Nous arrivons du reste à la même conclusion, en parcourant les moyens de zèle principaux, à savoir la parole et l‘action, l‘exemple, la prière. La parole ne produit d‘effets de salut que lorsque nous parlons au nom et en la vertu de Dieu, ―tanquam Deo exhortante per nos. C‘est ce que fait le prêtre fervent: avant de parler, il prie pour que la grâce vivifie sa parole; en pariant, il ne cherche pas à plaire, mais à instruire, à faire du bien, à convaincre, à persuader, et, parce que son coeur est intimement uni à celui de Jésus, il fait passer dans sa voix une émotion, une force de persuasion qui saisit les auditeurs; et, parce que, en s‘oubliant, il attire le Saint Esprit, les âmes sont touchées par la grâce et converties ou sanctifiées. —Un prêtre médiocre au contraire ne prie que du bout des lèvres, et, parce qu‘il se recherche lui-même, il se bat les flancs et n‘est souvent qu‘un airain sonore ou une cymbale retentissante, ―aes sonans aut cymbalum tinniens.

L‘exemple ne peut être donné que par un prêtre soucieux de son progrès spirituel. Alors il peut en toute confiance, comme S. Paul, inviter les fidèles à l‘imiter comme il s‘efforce d‘imiter le Christ: ―Imitatores mei estote sicut et ego Christi. A la vue de sa piété, de sa bonté, de sa pauvreté, de sa mortification, les fidèles se disent que c‘est un convaincu, un Saint, — le respectent et se sentent portés à l‘imiter: verba movent, exempla trahunt. Un prêtre médiocre peut être estimé comme un brave homme; mais on dira: il fait son métier comme nous faisons le nôtre; son ministère sera peu ou point fructueux.

Quant à la prière, qui est et sera toujours le moyen de zèle le plus efficace, quelle différence entre le saint prêtre et le prêtre ordinaire? Le premier prie habituellement, constamment, parce que ses actions, faites pour Dieu, sont au fond une prière; il ne fait rien, il ne donne pas un conseil, sans reconnaître son incapacité et prier Dieu d‘y suppléer par sa grâce. Dieu la lui accorde avec abondance ―humilibus autem dat gratiam, et son ministère est fructueux. Le prêtre ordinaire prie peu, et prie mal; par là même son ministère est paralysé. Ainsi donc qui veut travailler efficacement au salut des âmes doit s‘efforcer de progresser chaque jour: la sainteté est l‘âme de tout apostolat.

["Précis de Théologie Ascétique et Mystique", Adolphe Tanquerey, 1854-1932]